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Journée Fraternelle LCE – Ile de France – 19/01/2019

Journée du 19 janvier 2019

Nous étions plus de 200 membres de LCE, venus de toute l’Île-de-France, le samedi 19 janvier 2019, à Notre-Dame de Grâce de Passy. Cela a été l’occasion, grâce à un déjeuner partagé où toutes les délégations se sont mêlées, de mieux se connaître, d’échanger nos expériences et enfin de prier ensemble au cours d’une messe présidée par notre aumônier national, le Père Michel Pagès.

L’axe de la journée a été une conférence de Roseline de Romanet sur le thème : « Dans notre quotidien, allons vers l’Espérance ».

Roseline  de Romanet, infirmière en soins palliatifs à la Maison Jeanne Garnier, licenciée en théologie, est l’auteur de l’ouvrage : « La mort est une affaire spirituelle. Une infirmière en soins palliatifs », avec une préface de Bernard Sesboüé (Editions Salvator, 2015).   L’auteur a porté notre attention sur ceux qui vivent l’épreuve de la maladie ainsi que sur ceux qui les soignent et les accompagnent. Le cancer, la maladie, le handicap ou l’épreuve sont le temps de l’abandon. Accepter sa maladie, passer du « faire » à l’Être ; ne pas être considéré comme un corps malade, mais comme une personne, avec son histoire et son mystère.

Merci à vous tous pour votre participation, ainsi que l’aide apportée à l’organisation de cette journée !

Martine et Odile

La conférence de Roseline de Romanet en audio

Le reportage Vidéo du magazine Lourdes Cancer Espérance (à partir de 3’38)

Source, le magazine LCE est ici : http://www.lourdescanceresperance.com/le-temoin-du-mois

Conférence (texte ou téléchargement en bas de l’article) :

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Samedi 19 janvier

Lourdes, Cancer Espérance, conférencière : Roseline de Romanet

Dans notre quotidien, allons vers l’Espérance

Vivre avec un cancer

 Heureuse d’être parmi vous.

Après avoir été 15 ans religieuse, et ayant eu à mettre en lumière une dérive sectaire alors que j’étais Prieure générale, j’ai fait des études d’infirmière et travaille depuis quelques années à la Maison Médicale Jeanne Garnier en soins palliatifs. Je travaille également comme sophrologue.

 Mais aujourd’hui, plus que de vous parler du livre que j’ai écrit, la mort est une affaire spirituelle, dans lequel je montre comment un accompagnement authentique se doit d’intégrer la dimension spirituelle de la personne, qu’elle soit croyante ou non, parce que l’approche de la mort a comme un effet grossissant d’une loupe sur les enjeux existentiels et que ces personnes, déstabilisées par le tsunami de la maladie grave, du parcours du combattant mené depuis longtemps parfois, de la proximité avec la mort, ont soif de retrouver l’unité de leur être que la maladie est venue exploser avec une perte des repères habituels, et cela se manifeste par un désir d’être reconnu comme sujet, de relation à l’autre, une quête de sens et de transcendance, voire de Dieu. J’essaie de montrer combien, par-delà le tragique de la mort, certaines personnes vivent des choses qu’elles n’auraient jamais vécu ou penser vivre à aucun autre moment de leur existence !

 Je voudrais que nous prenions le temps de voir ensemble comment la fragilité de l’homme qu’elle soit visible ou non (car nous sommes tous fragiles) physique, psychique ou d’un autre un autre ordre (perte d’emploi, veuvage, précarité, solitude qui est la plus profonde des fragilités…) comment cette fragilité ou plutôt comment la prise de conscience de cette fragilité peut-être un lieu privilégié de redécouverte de soi et de ce qu’est l’homme dans le dessein bienveillant du Père et surtout comment elle peut nous rendre encore plus vivants, notamment en faisant goûter, vivre plus pleinement l’instant présent.

Avant toute chose, je voudrais vous dire, combien j’apprécie le titre donne à cette journée. Dans notre quotidien, comment ne pas penser à cette prière du notre Père qui nous appelle à demander chaque jour ce dont nous avons besoin au plus intime de notre cœur. Chaque jour, c’est essentiel. Comme croyants, nous acceptons d’être associé à Jésus c’est-à-dire nous acceptons de vivre avec lui ce même mouvement de mort et de résurrection. Le disciple n’est pas plus grand que son maître. Dans notre foi nous ne pouvons jamais séparer la mort et la résurrection. L’un ne va jamais sans l’autre ou alors soit nous sommes dans l’illusion d’un monde bisounours soit dans le pessimisme d’une existence engluée dans les épreuves. La vérité n’est dans aucune de ces 2 perspectives. Dieu est là, même la nuit. J’ajouterai, à titre personnel, parfois même surtout la nuit, c’est-à-dire dans ce moment durant lequel, dépouillé de ses points d’appui habituels, le cœur s’en remet davantage à Celui qui est doux et humble de cœur, qui est la source inépuisable de toute consolation. Comme Jésus, nous ne cessons de passer par ces moments de mort à nous-mêmes mais toujours pour ressusciter. C’est le paradoxe des béatitudes, de la fête de la Croix glorieuse, ou encore de ce prêtre terrassé par la maladie de Parkinson et qui reprenait ces paroles d’un moine russe : « je voudrais entonner un chant sur le monde ! Oh ce chant de larmes miraculeusement joyeuses ! » pourquoi joyeuses ? La douleur est là, l’incompréhension parfois ou même la révolte mais ces larmes sont déposées dans le Cœur de Dieu ; Parce que ce sont les larmes d’un être qui se reçoit d’un autre, d’un être qui se sait aimé et qui se sait être le béni du Père, même lorsque Dieu semble silencieux ! Ce sont les larmes d’un être qui sait dans la foi que la vie éternelle est déjà commencée, qu’il est déjà sauvé, et qu’à défaut de faire l’œuvre de Dieu, il s’agit bien plus, dans la douceur de l’Esprit, d’être soi-même l’œuvre de Dieu, (Jeanne Jugan) de se laisser façonner. Qui mieux que Jésus peut nous aider à vivre ces fragilités ?

Pour cela, demandons-lui la grâce de vivre dans un dialogue intime et permanent avec lui. Et ce dialogue intime, il s’approfondira, à mesure que nous commencerons notre journée sous son regard, que nous le retrouverons le plus souvent possible dans la journée et que le soir nous prendrons un petit moment avec lui. C’est cette joie, celle d’être unis à Jésus, que nul ne pourra jamais nous ravir.

Donc, dans notre quotidien, allons vers l’espérance. Allons ! La vie chrétienne est dynamique et j’aime cette parole des pères du désert qui dit « à pas d’amour dans la foi » vers Jésus, Espérance de notre vie. D’instant en instant nous pouvons beaucoup dit la petite Thérèse ! Oui, la sainteté ça n’est rien d’autre que ce chemin que nous n’avions pas prévu. Ce chemin vécu dans l’amour. Qui d’entre nous peut dire qu’il est heureux de tout ce qui lui est arrivé dans sa vie ? Or, la sainteté, à l’image de Jésus et de la Vierge Marie et de tous les saints consiste vraiment dans ce oui, ce consentement à accueillir les événements, tels qu’ils sont. Consentement qui permet de mettre son énergie là où nous avons prise et non dans des questionnements dont nous n’avons pas les réponses. Qui d’entre nous n’a pas eu la chance de croiser des êtres durement éprouvés par la vie, la maladie et pourtant rayonnants d’une lumière et d’une joie surnaturelles ? la clef de ce bonheur ? Peut-être un cœur d’enfant retrouvé qui, nous dit Jésus, est le seul à pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu. De même qu’il n’y a pas d’idéal de la bonne mort, il n’y a pas d’idéal de la manière de vivre sa fragilité ! C’est un chemin, une histoire unique l’essentiel étant bien d’avancer humblement sous le regard de Dieu, à pas d’amour dans la foi, c’est-à-dire la confiance par-delà ombres et lumières.

Cette dynamique (allons) peut se vivre à tout moment de l’existence, il s’agit d’une dynamique intérieure, d’un être de désir, du désir de la vie, jusqu’au dernier souffle. Comme le disait Sainte Thérèse d’Avila, nous ne mourrons pas de mort mais de vie. Il s’agit bien de vie comme le dit si bien Lourdes cancer Espérance ! « Vivre avec le cancer ». À défaut d’ajouter des jours à la vie nous ajoutons de la vie aux jours !

À Jeanne Garnier, j’ai été témoin de moments de vie intense, inattendue, tel cet homme disant à sa femme qu’il venait à Jeanne Garnier pour mourir, ne voulant plus aborder le sujet et disant que cela irait très vite. Finalement, son séjour s’est prolongé et son cheminement intérieur a fait que cet homme non baptisé en est venu à demander le baptême pour son fils âgé de 6 ans. Vous vous imaginez l’intensité de vie dans cette chambre ? La beauté pour ce père de pouvoir transmettre à son fils le plus beau des cadeaux ? les liens qui ont pu se tisser pour trouver les parrains marraines, préparer l’enfant, la célébration… Je pense aussi à cet homme qui écrivait à sa femme : « ces dix mois de maladie, si pitoyables en apparence, avec ce corps qui fout le camp de tous côtés, à coup sûr, ce sont les dix plus beaux mois de ma vie, les plus beaux de notre amour ; jamais nous ne nous sommes tant aimés ».

C’est dans des lieux comme l’Arche de Jean Vanier ou encore Jeanne Garnier que j’ai le mieux ressenti la vie jaillir du dépouillement le plus profond.

            Allons vers l’Espérance ! Alors que nous avons vécu cette belle fête de Noël avec cette étoile du berger qui a conduit à l’enfant Jésus et que nous allons bientôt fêter la Présentation de Jésus au temple le 2 février prochain je voudrais que nous comprenions en quoi cette fête consolide notre espérance. Le vieillard Syméon, homme juste et pieux sur qui reposait l’Esprit Saint, attendait la consolation d’Israël et savait qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ de Dieu. Et lorsqu’il reçut l’enfant Jésus dans ses bras, il bénit Dieu en disant : « Maintenant tu peux, Selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix. Car mes yeux vu ton salut, lumière pour éclairer les Nations ». Syméon a vu son salut, Espérance de son peuple Israël. Et à l’occasion de cette fête et de la bénédiction des cierges, la liturgie prévoit que l’on mette de côté ces cierges, pour que tout au long de l’année qui va suivre, on puisse déposer ce cierge si nous sommes amenés à accompagner un proche au seuil de la mort. Ce cierge, symbole du Christ, lumière du monde et Espérance des nations, et de cette paix qui habite le cœur d’un homme consolé ! Au fond, nous passons de la présentation de Jésus au temple à notre propre présentation au Temple du ciel, lors de notre mort, avec cette espérance qui habitait le vieillard Syméon.

Nous sommes dans une société où il est difficile de parler de la mort. Cette liturgie nous montre comment nous pouvons apprivoiser d’une manière naturelle et pas du tout morbide cette perspective de la mort. Oui, la mort peut venir pour moi, pour des proches, pour ceux qui me sont confiées, et ce cierge mis de côté, prend tout son sens toute sa valeur. A la manière dont j’envisage la mort, j’envisage ma vie. La fête de la présentation de Jésus au temple s’appelle aussi la fête de la Rencontre avec un grand R. Peut-être pouvons-nous demander les uns pour les autres la grâce de vivre la fête prochaine de la présentation de Jésus au temple comme une véritable rencontre car, chacune de nos rencontres avec Jésus tout au long de notre vie prépare la rencontre ultime lors de notre mort. Comme le dit si bien le père Daniel Ange, notre vie est comme l’offertoire, faîte d’offrande et de consentement, avant la consécration totale de notre vie quel est le moment de la mort. A pas d’amour dans la foi.

Je voudrais à présent, que nous nous arrêtions sur le mystère de l’Incarnation. Le Verbe se fait chair ! Jésus partage notre condition d’homme jusqu’au bout. Non seulement il n’échappe pas à la mort, mais les évangélistes ne nous cachent pas une scène unique et incroyable dans laquelle il montre sa fragilité d’homme. De fait, Jésus est submergé par l’angoisse et la tristesse. Jésus cherche consolation et soutien de ses disciples. Jésus cherche consolation, compagnie et soulagement de la part des hommes.  Cette situation de fragilité extrême vécue par Jésus lors de l’agonie fait jaillir comme un cri de désir de relation. Vous voyez combien notre religion ne nous invite pas à envisager la mort de manière béate. C’est assez bouleversant de prendre conscience combien, lorsque l’homme est en pleine force de l’âge, en pleine réussite, sa tendance naturelle sera celle d’une quête d’admiration, de superficialité. Au contraire, lorsque l’homme vit une situation de fragilité, il est en quête de communion, de relation. J’irai jusqu’à dire que nous pouvons nous réjouir d’avoir tous, à un degré ou à un autre, une part de fragilité en nous. C’est elle qui fait de nous des êtres de relation, conscients de notre condition de créature et d’impuissance à soulager face à notre tentation de toute puissance.

Dans mon livre, j’insiste sur cette réalité du corps comme lieu privilégié du spirituel, de par cette profonde unité de l’homme, l’âme, le corps et le psychisme. Toucher le corps de l’autre, c’est franchir une zone d’intimité et le corps c’est la personne. Plus que d’avoir un corps, nous sommes notre corps. Je ne sais si vous avez remarqué la manière dont le Christ ressuscité se fait reconnaître ! Jésus se fait reconnaître par ses blessures aux mains et à son côté transpercé. Le corps ressuscité de Jésus garde la trace de ses blessures comme pour faire savoir qu’elles n’enlèvent rien à la dignité humaine. Bien plus encore, il y a dans le Christ une fécondité de la blessure. C’est du côté du cœur du Christ en croix qu’ont jailli la vie, l’eau du baptême et le sang de l’Eucharistie.  Je pense à cet homme dans mon livre qui, après un soin humiliant pour lui, s’ouvre pour la première fois à une relation dans laquelle il peut livrer ce qui l’habite et me dire « cela serait de la gourmandise » !! Je pense aussi à cet homme couvert de nodules…        

 L’expérience de la fragilisation, en nous ou dans notre entourage, peut devenir une occasion de vivre une démarche spirituelle. C’est vrai que nous cheminons tous sur le plan spirituel, même si parfois il y a des strates qui font que cela reste enfoui. Mais il y a des occasions privilégiées pour retrouver ou approfondir cette dimension spirituelle en nous. C’est Bernanos qui disait que notre « civilisation était comme une conspiration contre toute espèce de vie intérieure ». Dans ce sens,

Il y a un proverbe indien que je trouve très éclairant : il y a quatre âges de la vie. Il y a l’âge de l’apprentissage, après c’est celui de l’enseignement, du service de l’autre ensuite c’est le sous-bois qui nous emmène à la forêt où l’âme prend le temps du silence, de la réflexion, de la remise en cause ; et ensuite l’étape suprême de l’existence, la plus essentielle que vit une personne en fin de vie, c’est celle de l’apprentissage au fait de mendier, c’est-à-dire de dépendre des autres, ce que nous n’aimons pas en général ! aller dans le sous-bois, dans le silence, au fond de la forêt est un moment privilégié pour revenir à l’essentiel et comprendre que dans nos fragilités, dans nos forces humaines et physiques qui diminuent, il y a une richesse de vie intérieure qui peut naître comme jamais. Michel Delpech a vécu une réelle conversion avant de mourir. Il écrivait : « la maladie vous dépossède et vous dénude ; elle vous contraint à vous interroger sur les vraies valeurs, sur l’essentiel. Nous voulons toujours plus, mais je constate souvent, chez ceux qui possèdent le moins, un sourire plus radieux que chez ceux qui ont tout. Trop bête ! c’est quand ça ne va pas que l’essentiel ressurgit » apprendre à mendier ! Jésus sur la croix se fait mendiant de notre amour ! cela me fait penser à ce prêtre dont le visage était triste. Ne sachant que dire et ne voulant pas faire la morale, je lui ai simplement dit que dans les moments difficiles une phrase m’avait aidé : « si le Seigneur nous donne encore un jour de vie, c’est qu’il a encore besoin de nous ici-bas un acte d’amour »

Il faut parfois un long chemin pour arriver à trouver un sens à la souffrance, la maladie. Car ce qui donne sens à la souffrance, ce n’est pas le fait de souffrir mais la façon de continuer à aimer au cœur de cette souffrance. Ce qui donne sens à la souffrance c’est aussi ce qui donne sens à la vie : rester en relation, continuer à être ouvert à l’autre, éviter la fermeture du cœur. L’amour ne supprime pas la souffrance mais il empêche le mal d’étendre encore plus ses ravages.

 L’expérience de la fragilité est aussi le lieu d’une véritable rencontre. Qu’est-ce que rencontrer l’autre ? Avant toute chose, c’est apprendre à écouter l’autre. L’écoute vraie repose sur le non savoir et la vraie présence à un renoncement à la toute-puissance. Alors la vraie rencontre peut surgir.

 Ainsi Toute écoute vraie (vrai envers Dieu et entre nous) – et ceci est capital pour notre sujet – repose sur le non savoir et toute vraie présence sur un renoncement à la toute puissance et cette écoute permet la vraie rencontre !

  • Écouter c’est accepter de ne pas connaître l’autre sans qu’il se révèle lui-même (non savoir). Exemple de souveraine fragilité lors d’un colloque avec différents orateurs. A la fin, une femme aux cheveux blancs vient vers l’oratrice et demande si son fils peut venir la voir pour lui parler. Son fils devait être adulte. Elle accepte sans bien comprendre. Alors la femme s’efface et l’oratrice voit venir un homme que l’on appelle mongolien. Elle était étonnée qu’il soit à ce colloque et tout à coup, elle n’est plus la conférencière mais celle qui ne comprend pas. L’homme attend qu’elle fasse de la place dans ses pensées puis lui dit avec une force et paix incroyables : « T’étais là et j’étais là… C’était bien. » Ce fut un moment de pure présence où l’autre vous regarde de façon si profonde que vous sentez… comme la présence réelle. Véritable rencontre !
  • La vraie présence repose sur un renoncement à la toute puissance, telle une femme, très petite en taille, travaille en psychiatrie dans un service très rude, avec des patients hommes dont certains dans des états de grande agitation et de violence. Comment fait-elle, si petite et fragile pour travailler dans un tel service ? Elle répond : « quand un homme particulièrement costaud arrive dans le service et que le personnel ne parvient pas à maîtriser, c’est moi qu’on envoie. Toute seule ? Oui car lorsqu’il me voit, il n’a tellement rien à craindre de moi – il pourrait facilement me réduire en miette – qu’il arrête de s’agiter. On peut parler ».

            Ce que la force ne peut pas, la fragilité le peut : elle est présence sans menace pour l’autre. Là, on entre dans l’autre monde : celui de l’être avec l’autre.

Rejoindre l’autre ! Appel à se mettre sur un pied d’égalité, se dépouiller de tout son superflu pour garder l’essentiel : cette relation d’une personne vivante à une personne vivante. Les compétences médicales, de l’éducateur, peuvent obstruer la relation : en elles-mêmes, ces compétences ne sont pas un obstacle mais elles peuvent conférer une supériorité qui elle rend impossible la vraie rencontre. Le simple fait d’être en bonne santé, debout… Attention car celui qui propose son aide ou amitié à une personne en fragilité peut le faire à partir d’un besoin qui lui est propre, en fonction d’un certain vide affectif, avec une envie de pouvoir et se traduire par de la domination et de l’agressivité. Mais la vraie relation s’établit à partir d’un respect très profond pour l’autre : « que tu puisses être toi ». La vraie compassion, c’est aider l’autre à se relever. Entrer en communion avec quelqu’un, ce n’est pas exercer un pouvoir. La rencontre est le lieu de l’écoute et si je t’écoute, je suis là pour entrer en relation avec toi. Dans cette écoute je n’ai pas le pouvoir. Aimer l’autre pour lui-même et pas seulement pour rendre des services…Ainsi cet exemple bouleversant de Jean Vanier après le témoignage de la responsable de l’Arche en Australie. Avant de venir à l’Arche elle travaillait avec des gens qui étaient dans le monde de la prostitution. Elle avait accompagné parfois un jeune homme. Un jour, elle le voit dans un parc de Sidney, il était en train de mourir d’une overdose. Elle s’est agenouillée et l’a pris dans ses bras. Les dernières paroles de ce jeune homme ont été : « Tu as toujours voulu me changer. Tu ne m’as jamais accepté comme je suis ». Parole difficile à accueillir ! Elle a réalisé qu’elle n’avait jamais pris le temps d’écouter son histoire, de le rencontrer vraiment. On ne peut se recevoir et accueillir les autres qu’en découvrant que Jésus nous aime comme nous sommes, avec nos pauvretés et nos péchés.

            Cet exemple nous redit d’une autre manière que chez les personnes affaiblies, fragiles, leur cri le plus profond est une demande de relation. Si nous écoutons leur cri, alors une réponse, la vraie compassion jaillira en nous. Nous entrerons dans une vraie relation. Non dans la supériorité de quelqu’un qui aurait de bonnes choses à donner. Celui qui crie et qui demande la relation a besoin de s’entendre dire : « Tu as de la valeur, tu es important ». Etre avec l’autre et lui révéler sa grandeur, ce qu’il y a de plus profond en lui.

  • N’emportez rien ! recommandation de Jésus aux disciples qu’Il envoie. la rencontre exige un dépouillement de soi et, comme telle, se présente toujours comme un risque. Il est plus rassurant de partir avec une feuille de route, des savoirs, règlements, connaissances médicales, éducatives…que de se mettre en route les mains vides ! Appel à se nourrir de la rencontre de ce que l’autre veut bien offrir de lui-même. Ouverture à l’inattendu.
  • La réciprocité est peut être la 1ère condition de la rencontre. Tant que l’on veut faire du bien, il n’y a pas de vraie rencontre. La rencontre ne peut être digne de ce nom si elle est déséquilibrée par une quelconque supériorité de l’un sur l’autre. Quand Jean Vanier commence la vie commune avec Raphaël et Philippe « il veut leur faire du bien » dit-il de lui-même. Mais tant qu’on veut faire du bien à l’autre, on ne le rencontre pas encore. On rencontre l’objet de ses soins. Le bien fait à l’autre ne nous expose pas encore à lui et parfois même, il est un moyen subtil, plus ou moins conscient, pour se protéger de lui. Beaucoup de personnes ayant un handicap mental le perçoivent d’ailleurs très vite. La rencontre véritable c’est connaître le nom de l’autre : « dis-moi ton histoire et je te dirai mon nom, mon histoire ». La rencontre se fait de personne à personne, de cœur à cœur. La rencontre véritable peut prendre du temps. On nous dit souvent attention à la juste distance ! je préfère proximité ! Il y a une manière chaste de se confier, sans étaler sa vie entière. Une façon de dire « Je » qui manifeste à la personne en face, qu’elle est une personne et non un malade. Il est aussi parfois bon de nommer ce qui nous habite. Je pense à ce prêtre hospitalisé à Jeanne Garnier que je trouvais d’une profonde tristesse. En repartant de sa chambre, je lui ai dit qu’une parole m’avait beaucoup aidée : « Si Dieu nous donne encore un jour à vivre, c’est qu’Il attend encore un acte d’amour. » N’hésitez pas à déposer de petites paroles faisant écho à ce qu’ils sont en train de vivre, sans faire la morale. Réciprocité : Révéler à ces personnes, à travers une relation, qu’il est beau et doué d’une valeur exceptionnelle et leur dire : « Je ne suis pas mieux que toi ». cela me fait penser à ce prêtre me disant en sortant d’une confession : « priez pour moi » !
  • La temporalité : La fragilité crée une ambiance de douceur. Il faut ralentir, prendre son temps, faire attention à ses besoins, respecter son rythme. Importance du souffle. Elle n’a pas de protection, de carapace c’est pourquoi on peut très vite l’agresser si par exemple on s’approche un peu trop vite sans la prévenir. Douleur totale cf Marie Pierre : et puis il y a la douleur morale !
  • Libérez la parole: Pour se protéger mutuellement, les patients et leurs familles, n’osent souvent aborder le sujet de la fin, avec toutes les questions qui en découlent. Dans le cas où le patient pose la question de sa mort proche, dire avec beaucoup de délicatesse une réalité – par exemple que tel symptôme montre que, oui, l’évolution est négative – est libérateur. « La vérité vous rendra libre » a dit Saint Jean. Un chemin va alors pouvoir s’approfondir et permettre à la personne malade de poser les choses, de régler des affaires, ou encore de prononcer une parole de pardon. Merci Madame, la vérité cela libère !
  • Le regard ! « ce qui est difficile ce n’est pas mon handicap mais la manière dont les gens me regardent ». Pour approcher une personne handicapée, ne pas se focaliser sur la malformation qui suscite des regards gênés et empêche d’entrer en relation. Danger de considérer quelqu’un à travers l’image de sa malformation comme ce médecin non venu rencontrer un bébé handicapé, horrifié par l’image de radio et n’a pu venir rencontrer un bébé bien réel, vivant et humain.
  • Le toucher : le premier sens et le plus développé chez le nouveau né, le dernier à disparaître chez le mourant. Saint Thomas d’Aquin note un lien entre le toucher et l’intelligence : « parmi les hommes, ceux qui ont le toucher le plus fin sont d’intelligence plus pénétrante » ST, I, qu. 76, art.5,c. un enfant même lourdement handicapée, exerce une forme d’intelligence. Certes non spéculative, une intelligence expérimentale en quelque sorte. Le toucher est le sens qui concerne tout le corps. Il n’est pas « localisé ». C’est par lui que nous pouvons le mieux communiquer avec certaines personnes handicapées. Pour ceux qui ont des déficiences sur le plan du langage verbal, le corps devient le langage essentiel ! Nous avons à être inventifs, créatifs pour enrichir notre lien, habiter notre corps de manière attentive Dans le corps réside toute l’humanité et la dignité de la personne. Toucher l’autre avec respect afin que peu à peu la personne fragile découvre qu’elle est quelqu’un de précieux, respectable, important et que progressivement il trouve confiance en lui-même.

   Ne jamais oublier de dire merci et je t’aime à ceux que nous aimons…

Donne-nous Seigneur la grâce de consentir à notre fragilité comme la Vierge Marie ; L’expérience est là, nous sommes tous fragiles, nous en faisons tous l’expérience un jour ou l’autre et la vraie question est d’en prendre conscience en profondeur, sans en avoir peur. Confions-nous à la Vierge Marie, la Mère de la Vie, elle qui se reçoit pleinement du Seigneur !

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Quelques Photos ( copyright : Bernard Apostolides, LCE75)

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Journée Fraternelle LCE Ile de France – 19/01/2019 (copyright Bernard Apostolides)
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